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dimanche 3 janvier 2010

Interlude.1

Julie n'étais pas jolie sur les photos. Nous étions tous pâles de fatigue devant des plateaux d'huitres du marché. Joe, un type qui faisait du ragga nous saoulait de ses histoires nulles. Julie était jolie dans mes souvenirs parce qu'elle était fatiguée. Je suis fatigué aussi, je crois qu'il est temps de dormir. Je l'appelle pour lui dire que je me rappelle de cette soirée. Elle m'écoute mais me trouve pénible. Je lui dis l'avoir trouvée jolie.
"- C'est parce que je suis enceinte.
- Prrrffr n'importe quoi!
- Tu ne veux pas vraiment un gosse. Tu ne veux surtout pas vraiment baiser une maman. Tu voudrais juste qu'il t'arrive quelque chose.
- Mais il m'arrive plein de choses!
- Non rien. Plus d'aventures pour toi depuis des lustres. Même quand tu roules, même quand tu pars, tu finis toujours par refaire les mêmes pages. Tu ne peux pas changer.
- Arnold Schwarzenegger l'a fait dans Junior.
- Ahah. Oui. Je vais me rendormir, je te laisse. Essaie de dormir, ou essaie de trouver ce que tu pourrais faire pour moins t'emmerder. En tout cas, c'est pas vers moi que tu pourras te tourner cette fois-ci mon grand.
- Bonne nuit Julie."

lundi 28 décembre 2009

Interlude

Trois ans plus tôt, j'étais sur un toit, à 8 heures du matin. Une bouteille de rhum arrangé maison et une grosse Heineken. Julie et un guitariste coké coupaient les dreadlocks d'un batteur de ragga qui vivait dans l'appartement sous le toit. Je parlais avec Thomas de la soirée qu'on avait débuté en faisant des grillades dans des vignes, au temps du lycée. D'autres amis tentaient de parler pour pouvoir boire plus longtemps. Julie était jolie ce soir là.

Marguerite

Au restaurant, je finis de manger mon cheval et je pense à du fromage. Je trouve Julie de plus en plus jolie, je pense que je ne refuserai pas de coucher avec elle, même/surtout enceinte.
- Donne moi des anecdotes sur tes mystiques.
- J'en ai plein. Je t'ai parlé de mon tatouage?
- Tu t'es faite tatouée enceinte?
- Non, je veux, une fois que j'aurais accouché.
- Tu veux quoi?
- Marguerite Porete.
- Ahah une autre mystique?
- Oui!
- Et tu veux son portrait?
- Non, une interprétation que j'en ai fait.
- Hum... Ça sent mauvais comme idée.
- Non, ça te plairait, c'est très graphique.
- Ça ne me rassure pas.
- Ça ressemble à un triangle. Enfin un triangle avec une nonne dedans, avec des flammes aussi. Je te montrerais ça chez moi.
- Chouette! Elle a fait quoi elle? Sucé des pestiférés?
- Peut être... Elle a écrit Le miroir des simples âmes. C'était une sorte de nonne, qui respectait pas vraiment de règle, ça se faisait à l'époque chez les béguines. Des sortes de nonnes quoi. Elles faisaient le truc des nonnes mais sans vivre dans des monastères et tout le bazar. Elle prône le dénuement total, y compris des habits. Elle prône aussi une certaine forme de stupidité. Du genre "seul les simples peuvent recevoir Dieu". Elle dit aussi des trucs du style "toute grossesse est l'oeuvre du Saint-Esprit et pas d'un gus". Elle parle de charité en incluant le sexe libre. Genre toutes les nanas vivent ensemble à poil et si des types les baisent, seul Dieu les engrosse.
- Ahah ça t'arrange toi! T'auras pas à être sûre de qui est le père!
- Dans le mille Émile. Je suis peut être cheloue, mais quand je suis clean, j'ai un fond de cohérence.
- Pourquoi ça s'appelle le miroir?
- Un truc par rapport à la nature, genre la nature se trompe elle même avec ses couleurs, elle se persuade qu'elle peut exiger de l'Homme mais en fait elle ne voit pas plus loin que ses apparences. Bof de toutes façons faut pas tout prendre hein, si on la crâmée c'est qu'elle devait avoir un petit grain.
- T'es dure.
- Je déconne, elle reviendra pas me hanter je pense. Des types essaient de la ressusciter quand même, pour en faire une sorte de pré-féministe, pré-communiste, limite pré-libérale.
- Comment?
- Bah tu sais, les mecs qui veulent être à l'avant garde se sentent toujours obligé de s'ancrer dans l'old school. Et les brûlés ça fait très "ils avaient raison, ils étaient une menace blabla". Alors elle est rattachée à ça. Pré-communiste pour le coup de la vie en communauté, du partage, du dénuement, du travail équitable de tous. Pré-féministe parce que c'est une femme.
- Argument à la con.
- Pensée à la con de toutes façons. Et pré-libérale parce que souvent rattachée au Libre-Esprit. Anachronisme et connerie parce que Libre-Esprit ça fait surtout réference avec l'idée de se vider la tête du matériel pour accepter Dieu.
- Et la liberté sexuelle?
- Tout le monde s'en fout, mais c'est rassurant de voir que ça baise à toutes les époques.
- Tu deviens de plus en plus intéressante.
- Ouais je sais. Mais on pourra pas baiser chez moi, je veux pas que ma mère m'entende. Et puis en me mettant à l'eau et au repos, ma libido c'est Beyrouth. Désolée.
- Tu peux l'être. Je vais rester pour lire tes bouquins.
- T'avais pas un boulot?
- Si, je leur faxerai des trucs. Ça existe encore les fax? On prend un frômage alors?

Cheval

Julie est chez sa mère. Elle se prépare à enfanter. Elle est plus tarée que jamais, elle se verse dans le mystique. Sa mère est une femme sympathique qui ne comprend rien à son enfant mais qui fait super bien à manger. Elle a une Opel Kadett et n'hésite pas à s'en servir pour venir me rejoindre dans un café. Je me fais du souci. Elle me rassure: Julie ne se drogue pas, elle ne boit pas et fait attention à tout. Elle veut un bébé sain. Je rajoute "physiquement" et elle "c'est déjà ça de pris". Julie m'attend dans sa chambre. Elle a redécoré.
"- Salut, alors tu vas bien il parait?
- Oui. Et toi?
- Su-per. T'as redécoré, très... mystique...
- Oui. C'est Angèle de Foligno là, sur l'image.
- Le poster là?
- Oui. C'est Angèle de Foligno.
- Super. Qui c'est?
- Une mystique du moyen-âge.
- T'aimes les mystiques alors maintenant.
- Oui. J'ai lu des livres et des trucs sur Wikipédia. Mais je me méfie des ordinateurs, pas plus de sept heures par semaine et de trois heures d'affilé. À cause des ondes.
- Évidemment.
- Alors ma mère, je l'envoie à la bibliothèque.
- Tu peux pas y aller?
- Oh non.
- Pourquoi?
- Oh non, je ne peux pas y aller.
- Ah bon.
- Alors, parle moi un peu de cette Angèle, elle a fait quoi? On l'a brûlée pour hérésie?
- Oh non! C'est une mystique reconnue celle là. Elle a baisé à qui mieux mieux pendant un bail puis elle a voulu se confesser, parce que, je ne sais quoi. Mais comme elle était trop honteuse devant le curé, elle a caché des choses. Et Jésus est venu la visiter pour lui faire comprendre qu'elle devait se donner entièrement à lui. Puis, sa famille est morte, alors elle a pu se donner entièrement à lui.
- Ça n'a pas l'air palpitant.
- À un moment elle boit l'eau qui lui a servit à laver un lépreux. Et elle parle des "écailles" dans sa bouche.
- Yuk.
- Elle pleure aussi tellement qu'elle prend feu.
- Ça sent le chiqué
- Oui mais c'est marrant.
- Tu t'intéresse qu'à ça ces temps-ci?
- Je sais pas, j'aime bien sa face. Et puis je m'emmerde ici aussi, alors je me suis lancé là dessus. Ils sont drôles les mystiques.
- Y'a un restaurant qui sert du cheval dans le coin?
- Aucune idée. Tu veux manger du cheval hein?
- Ouais."

mardi 6 octobre 2009

Enfants au sud

Je vais chez Julie, elle garde dans un coffret en forme de chateau de princesse un kit complet de maquilleuse de film d'horreur cheap et de la vieille beuh dans des tubes de comprimés allemands pour la fièvre. Ou pour la lutte contre la fièvre, je sais jamais comment il faut dire. La proximité de ces deux éléments et le fait qu'elle ne fume jamais cette drogue m'a toujours fasciné mais à chaque fois que j'ai voulu lui demander elle changeait de sujet: "j'ai peut être tué quelqu'un hier soir", "je peux sucer ta bite pendant qu'on discute", "ma soeur jumelle ne m'appelle jamais"... Ce soir c'était "je suis enceint". J'ai pas dit "de moi?" parce que je sais que ça peut être jugé comme un acte narcissique et un manquement à l'étiquette. Alors j'ai dit "félicitations" comme ça elle peut le prendre au premier ou au second degré, à elle de voir. "Je pense arrêter mes conneries et le garder". "C'est de moi?" j'ai craqué, "non, de Nick Oliveri, l'ancien bassiste de The Dwarves et Queens of the stoneage. Ou en tout cas, d'un type qui lui ressemblait vraiment beaucoup. Quoiqu'il en soit, j'avais besoin de ça, je déconne à pleins tubes depuis bien trop longtemps, je me suis bien marré mais là ça commence à faire. Ma mère est heureuse en plus, je l'ai appelée et elle m'a dit "super, je suis heureuse comme tout" et je crois me rappeler que c'est ça qui me plait le plus: rendre ma mère heureuse. Alors je vais partir chez elle, bon, pas tout de suite, j'ai encore deux-trois turcs à régler, disons, dès que le bébé deviendra un peu gros j'irai chez elle et puis je deviendrais une maman, comme ma maman". Cette histoire de turcs à faire m'a troublé, Julie, autant je l'aime, autant elle n'aime pas trop les turcs en général, pour elle, c'est pas l'Europe. Mais son départ chez sa mère m'a plus troublé encore. Je voulais avoir son cran, je voulais faire pareil, enfin, quitter toutes ces conneries dissolues et aller vivre chez sa mère qui fait très bien la piperade. On a ouvert une bouteille de Buckler pour feter ça avec Julie et elle m'a dit que ce qui serait super, mais alors super, ça serait que je l'emmène chez sa mère, parce qu'elle n'a aucune idée d'où elle habite et elle a peur de se tromper de personne, ça lui arrive tout le temps qu'elle me dit.

dimanche 22 mars 2009

Terrasses

Les terrasses recommencent à faire le plein. J'y suis quasiment non stop. Je crois qu'inconsciemment, j'ai épuré ma liste d'amis en fonction de leur amour pour les terrasses. Je pense qu'un ami c'est d'abord une passion terrasse. Merde, mais y'a rien de plus joie que ça! Des filles, des salades, des cafés, des bières, tout pour que chaque sourire s'étende vers l'infini. Julie est arrivée complètement saoule, avec des lunettes de soleil hideuse et un sac pendant à l'intérieur de son coude. Ce qui est drôle c'est qu'elle avait un jour de retard par rapport à notre rendez vous. Elle m'a expliqué s'être réveillée à Biarritz dans un graaaaaand appartement. Ses fringues étaient dégueulasses alors elle en a cherché des plus propres et là elle a rencontré la fille chez qui elle était. Cette fille lui a expliqué qu'elle et son mari l'ont prise en stop à Bordeaux et qu'elle leur a affirmé qu'elle vivait à Biarritz. Du coup, Julie a passé un weekend gratos sur la côte à les suivre. Visiblement c'était moitié cool moitié glauque, en somme la vie. Cette histoire tenait pas du tout la route, par moments, je me dis que cette fille a des soucis avec la réalité. Dès qu'elle s'emmerde, elle brode autour de ses histoires pour en faire des trucs improbables. Mais faut dire que tout ça m'a beaucoup fait marré et mis en appétit. J'ai pris une salade royale avec des crevettes et Julie a juste bu des portos et un truc glacé.

jeudi 12 mars 2009

Julie 7h30

Julie me regarde avec des yeux de poissons. "Me regarde pas avec cet air, t'as l'air d'une sombre conne" je lui dis. On a faim et Julie me tape sur les nerfs. Je déteste la plupart des gens quand ils prennent de la drogue, c'est comme si tout ce qui craint chez eux explosait, alors que putain c'est pas difficile de savoir se tenir, même drogué. Julie parle de choses inintéressantes, elle me dit ce qu'elle a vraiment sur le cœur, elle me dit qu'elle est trop heureuse qu'on se soit rencontrés cette année et qu'avec moi tout est facile, qu'on peut parler de tout sans blablalblalb. Elle me gonfle. Pourquoi les gens savent pas se tenir? Pourquoi ils croient être plus libres quand ils vomissent leur inintérêt. Si c'est enfouis c'est que c'est nul connasse. "Oui moi aussi Julie je suis content de t'avoir rencontré cette année" je lui dis. Parce qu'elle est quand même cool la plupart du temps Julie.